EMDR seul : comment le pratiquer efficacement chez soi

L’EMDR n’est pas resté confiné aux cabinets feutrés des thérapeutes. Cette méthode, pensée à l’origine pour une pratique professionnelle, s’aventure désormais hors des sentiers balisés, portée par l’essor de protocoles simplifiés et une profusion de ressources numériques. Cela ne va pas sans faire grincer des dents dans la sphère scientifique, où l’on s’interroge sur la pertinence et les risques de cette pratique en solitaire.

La supervision reste une question de fond, même si certains témoignages d’auto-pratique à domicile font état d’un réel bénéfice. Pourtant, l’autonomie dans ce domaine exige prudence, lucidité sur ses besoins et conscience nette de ses propres limites.

EMDR : origines, principes et champs d’application

La psychothérapie EMDR (Eye Movement Desensitization and Reprocessing) a émergé à la fin des années 1980 sous l’impulsion de Francine Shapiro, psychologue américaine. Son intuition : associer les mouvements des yeux à l’évocation des souvenirs douloureux permettrait une désensibilisation et un nouveau traitement des émotions. La méthode, ou plutôt l’ensemble de ses protocoles, met au premier plan l’impact des stimulations bilatérales dans la prise en charge du traumatisme.

Le principe fondateur : une stimulation bilatérale alternée, via les yeux, les mains ou des sons, qui favorise la neuroplasticité et soutient le traitement digestif des émotions liées à des expériences restées bloquées. Cette approche permet ainsi de « débloquer » des souvenirs enkystés dans la mémoire.

Si l’EMDR s’est d’abord consacrée au stress post-traumatique, elle s’est ensuite étendue à bien d’autres problématiques : anxiété, phobies, dépression, deuils complexes, y compris certaines addictions. En France, la diffusion du procédé doit beaucoup à David Servan-Schreiber et aux professionnels qui l’ont relayé à Paris et dans les grandes villes.

Voici un aperçu concret des situations pour lesquelles l’EMDR trouve régulièrement sa place :

  • Traumatismes liés à des accidents, agressions ou catastrophes
  • Anxiété tenace ou phobies réfractaires aux approches traditionnelles
  • Deuils difficiles, troubles de l’attachement
  • Douleurs chroniques avec composante psychosomatique

Le traitement EMDR s’appuie sur des protocoles précis, personnalisés selon l’histoire de chaque individu. Il ne s’agit pas d’effacer les souvenirs, mais de leur accorder une juste place pour ne plus entraver l’existence.

Peut-on vraiment pratiquer l’EMDR seul chez soi ?

L’idée d’explorer l’EMDR seul chez soi gagne du terrain. Les guides, applications et vidéos pullulent. Beaucoup souhaitent tenter l’auto-EMDR afin d’atténuer certains souvenirs envahissants sans recourir à une consultation. Pourtant, la méthode a été conçue pour être animée par un thérapeute EMDR formé ; l’adapter en solo ne va pas sans mesures de précaution.

Se confronter à ses souvenirs traumatiques sans présence professionnelle multiplie les risques d’être submergé par des émotions inattendues. Les fédérations de référence rappellent qu’il est impératif d’honorer chaque étape du protocole et d’évaluer son équilibre personnel avant de commencer. Se retrouver seul face à ce qui refait surface peut s’avérer déstabilisant.

Certains gestes d’auto-stimulation bilatérale permettent d’apaiser un stress ponctuel : tapoter alternativement sur les genoux, balayer l’écran du regard, écouter des sons qui alternent. Mais si la vague émotionnelle devient trop forte, il importe de lâcher prise plutôt que de forcer le passage. L’EMDR seul convient surtout aux gêne du quotidien ; dès que le vécu est trop lourd, l’accompagnement par un praticien reste incontournable.

Conseils et précautions pour une auto-pratique efficace et sécurisée

Avant de vous lancer dans l’EMDR seul, arrangez-vous pour être dans un lieu paisible, loin de toute distraction. Un fauteuil confortable, une lumière tempérée, un créneau de calme facilitent une expérience plus sereine. Durant la stimulation bilatérale, qu’elle passe par le regard, les mains ou les sons, privilégiez la régularité et un rythme qui vous correspond.

Prenez pour cible des souvenirs désagréables mais gérables ; évitez tout ce qui dépasse franchement vos ressources actuelles. Si la charge émotionnelle s’emballe, stoppez immédiatement et recentrez-vous. Respirez profondément, visualisez un endroit rassurant : ces stratégies favorisent le retour au calme. Dans tous les cas, il ne s’agit pas de remplacer le soutien professionnel, en particulier face à une mémoire traumatique persistante.

Pour sécuriser la démarche, gardez en tête ces repères :

  • S’isoler dans une bulle tranquille, préservée de toute perturbation
  • Maintenir un rythme modéré de stimulations bilatérales, d’environ 30 à 60 secondes par série
  • Noter au départ et à la fin de chaque série l’intensité émotionnelle sur une échelle de 0 à 10
  • Prévoir un sas de retour au calme après la séance (marche, musique apaisante, hydratation)

La mémoire émotionnelle ne se laisse pas toujours apprivoiser. Soyez attentif à toute sensation physique inhabituelle (palpitations, sueurs, impression d’être submergé). Un pic d’angoisse ou le sentiment d’un blocage doivent amener à consulter rapidement. La digestion des souvenirs demande parfois du temps, le cerveau a besoin de lenteur pour se stabiliser.

Homme concentré travaillant à la table à manger

Quand et pourquoi consulter un praticien EMDR formé

Essayer l’EMDR seul paraît plus accessible aujourd’hui, mais le recours à un praticien EMDR compétent s’impose dans certains contextes. Les souvenirs traumatiques anciens, les états intenses de stress post-traumatique ou de troubles anxieux, tout comme les épisodes dissociatifs, réclament une supervision qualifiée. La psychothérapie EMDR, loin d’un mode d’emploi figé, nécessite une formation EMDR approfondie et une réelle habileté dans le suivi personnalisé.

La présence d’un thérapeute EMDR assure un espace fiable pour explorer des souvenirs fragmentés, extrêmement chargés ou très anciens. Il y a plusieurs situations où une prise en charge spécifique reste la meilleure option :

  • Traumatismes répétés ou datant de l’enfance
  • Dépression chronique, phobies persistantes, conduites de dépendance
  • Troubles alimentaires ou états de dissociation
  • Deuil qui n’arrive pas à cicatriser

Des cabinets spécialisés, tel un cabinet psy coach Versailles, offrent un environnement sécure favorisant une vraie régulation des émotions. Les praticiens en EMDR respectent des protocoles stricts et poursuivent régulièrement leur supervision, garantissant une prise en charge solide à chaque étape.

Dès que les symptômes s’installent, anxiété accrue, troubles du sommeil, retrait social, l’auto-EMDR atteint vite ses propres frontières. L’évaluation des risques, le soin porté à la sécurité psychique, une méthode adaptée à chaque personne : cela demande un savoir-faire qui s’apprend. Face aux premiers signaux d’alerte, ne restez pas seul. Encadrée par un professionnel, l’EMDR peut réellement ouvrir de nouvelles perspectives et transformer une trajectoire de vie.

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